Il est parti rejoindre les riffs éternels, le vieux fou d’Aston. Ozzy Osbourne, voix hurlante de Black Sabbath et pionnier du heavy metal, s’est éteint à 76 ans, laissant derrière lui un héritage aussi lourd qu’un ampli Marshall poussé à 11. Retour sur un titan qui a mordu des chauves-souris et le cœur des fans.
Il est 21h17, le 22 juillet 2025, et Birmingham, berceau crasseux du metal, vient de perdre son fils prodigue. Ozzy Osbourne, l’homme qui a donné au monde des riffs aussi écrasants que les usines d’acier de sa ville natale, a tiré sa révérence. Pas de cause officielle, mais entre son Parkinson, ses accidents en quad et une vie entière à sniffer tout ce qui passait sous son nez, disons que le Prince des Ténèbres a fini par rejoindre le sabbat éternel. Respect, Ozzy, t’as tenu plus longtemps qu’un solo de Tony Iommi.
Le forgeron du heavy metal
Le clown maudit du rock’n’roll
Mais Ozzy, c’était aussi un personnage, un archétype. Le metalhead ultime, celui qui fait flipper les pasteurs et les mères de famille. Dans les 80s, il devient l’épouvantail des bien-pensants, accusé de pousser les jeunes à invoquer Satan ou à se flinguer. Faut dire qu’avec des frasques comme mordre la tête d’une chauve-souris (qu’il croyait en plastique, le bougre) ou d’un pigeon en réunion avec des pontes de maison de disques, il n’a pas aidé sa cause. Et dans une vidéo du live de 1982 à Des Moines, il croque la bestiole : c’est du pur Ozzy, un mélange de chaos et de naïveté. Ce mec était un paradoxe ambulant, un gars adorable qui pouvait se transformer en Mr Hyde dès que l’alcool et la coke prenaient le volant.
Son solo Crazy Train (1980), avec le regretté Randy Rhoads à la guitare, est une masterclass de hard rock, avec un riff d’ouverture en lame de rasoir. Ozzy, viré de Sabbath en 79 pour cause de défonce excessive (ce qui, vu le niveau des autres, en dit long), rebondit avec une carrière solo qui éclipse presque celle de son ancien groupe. Blizzard of Ozz, Diary of a Madman, No More Tears : des albums qui se vendent par millions et font de lui une icône. Ozzfest, le festival monté par sa femme Sharon, devient le rendez-vous des métalleux, lançant des groupes comme Slipknot ou Korn. Ozzy, c’est le parrain qui tend la main aux nouveaux, même quand il titube.
The Osbournes : le metal en pantoufles
Puis arrive The Osbournes, la télé-réalité de 2002 qui transforme Ozzy en caricature de papa dépassé. Pour les fans hardcore, c’est une pilule amère. Le gars qui chantait Children of the Grave se retrouve à ramasser les crottes de son caniche tout en marmonnant des jurons bippés par MTV. Mais pour le grand public, c’est une révélation : Ozzy devient l’anti-héros attachant, le mec qui a survécu à tout, même à sa propre légende. Le show est un carton, gagne un Emmy, et ouvre la voie à des trucs comme Keeping Up with the Kardashians. Merci, Sharon. On t’aime, mais là, t’as un peu merdé.
Cette incursion dans la pop culture dilue l’aura du Prince des Ténèbres, mais elle montre aussi son humanité. Ozzy, c’est pas juste le mec qui hurle Sabbath Bloody Sabbath. C’est un père, un mari, un survivant. Ses gosses, Kelly, Jack, Aimee, et ceux de son premier mariage, Jessica et Louis, grandissent sous les projecteurs. Sa femme Sharon, manager en acier trempé, est la cheville ouvrière de sa carrière. Mais derrière les caméras, c’est aussi un mec brisé par les addictions, qui a failli étrangler sa femme en 1989 sous l’emprise de l’alcool. Il s’en sort, encore et toujours, comme un chat avec neuf vies et un penchant pour la tequila.
L’héritage : un riff qui résonne encore
Ozzy laisse un vide que même un solo de Zakk Wylde ne peut combler. Black Sabbath, c’est la racine du metal, et lui en était le tronc. Sans lui, pas de Metallica, pas de Pantera, pas de Tool. James Hetfield, de Metallica, l’a dit lors du concert d’adieu Back to the Beginning le 5 juillet 2025 : “Sans Black Sabbath, pas de Metallica.” Ce show à Birmingham, avec Iommi, Butler et Ward, était un dernier baroud d’honneur ; Ozzy, assis sur son trône de cuir, chantant Paranoid avec des larmes (et de la sueur) dans les yeux. Les originaux de Sabbath, eux, sont dévastés. Tony Iommi parle d’un “frère perdu”, Geezer Butler d’un “au revoir à un vieil ami”. Bill Ward, torse nu à 77 ans, a juste murmuré “Ozzy forever” sur X.
Son héritage ? Plus de 100 millions d’albums vendus, deux intronisations au Rock and Roll Hall of Fame (Sabbath en 2006, solo en 2024), cinq Grammys, et un festival, Ozzfest, qui a fait vibrer des générations. Mais surtout, Ozzy, c’était un mec du peuple, un gars d’Aston qui a transformé sa douleur en art. Il était le metal : brut, chaotique, sincère. Alors, mettez Master of Reality à fond, ouvrez une bière, et saluez le bouffon tragique qui a fait trembler le monde.
(c) Ill. têtière : onat çipli
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Merci à Knut Ella, journaliste émérite d’un média glitché et absurde que le web a trop injustement ignoré.
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