Trois demandes. Trois sollicitations dûment rédigées, estampillées presse, accompagnées de notre logo (certes non papal), de notre réputation (solide chez les amateurs d’ironie cultivée) et de nos références culturelles (sollicité par le Centre Pompidou, salué par le musée Picasso, le MAM, et le musée Henner, invité par la Cité de la mer de Cherbourg, entre autres…). Quid du musée d’Orsay ? Rien. Pas un mot. Pas une relance. Pas même un accusé de réception automatique. Le néant muséal. Le silence administratif. Le vide institutionnel.
L’exposition s’intitule L’art est dans la rue
Nous aurions voulu vérifier.
Nous aurions aimé flâner.
Nous aurions aimé commenter, débattre, interroger les murs.
Mais visiblement, l’art dans la rue n’est pas prêt à discuter avec celui qui l’arpente trop librement.
Muchos Gracias, mais sans Mucha
Car enfin, il ne s’agit pas ici de contester la pertinence du sujet. Que l’on nous parle de Toulouse-Lautrec, Chéret, Bonnard, Mucha, Grasset, soit. Que la Bibliothèque nationale de France co-organise l’exposition, très bien. Que 230 œuvres soient réunies, c’est impressionnant. Et que la ville de Paris ait été, à la fin du XIXe siècle, un palimpseste visuel de colonnes Morris et d’hommes-sandwichs, nous n’en doutons pas.
Mais il faut croire que le vrai art de l’époque, ce n’était pas l’affiche. C’était le filtrage.
Et de cela, le Musée d’Orsay est le digne héritier.
La rue, oui, mais sans débat ?
Que dit l’exposition (à ce que l’on peut en lire dans les communiqués) ? Que l’affiche était un art social, politique, populaire. Un geste pour tous. Une clameur visuelle dans l’espace public, au service des cabarets, des syndicats, des journaux militants et des formes nouvelles de beauté. Une contre-élite en papier, collée sur les murs, offerte aux passants. Un art pour tous, comme on l’écrivait à l’époque, non sans panache.
Mais alors… qu’avons-nous donc fait pour mériter l’ombre d’une grille et la fraîcheur d’un silence ? Est-ce le ton ? L’impertinence ? Ou bien craint-on qu’un média indépendant et irrévérencieux n’ose interroger la mise en scène institutionnelle d’un art qui se voulait, jadis, insaisissable et subversif ?
Nous n’avons rien vu, mais nous avons tout compris
Nous avons donc décidé de visiter l’exposition de l’extérieur. D’apprécier le flanc de pierre. D’interroger la façade. De méditer, sur le parvis, l’ironie d’une institution célébrant les affichistes anarchistes… tout en refusant d’ouvrir la porte à un média qui pose trop de questions.
Le musée célèbre Roger Marx qui percevait dans la rue le suffrage universel en acte.
Nous célébrons l’esprit de Marx (l’autre), qui voyait dans l’exclusion une forme d’expression politique bien plus brutale.
“L’art pour tous”, sauf pour nous ?
Nous ne nous posons plus la question de savoir pourquoi le musée d’Orsay est le seul à n’avoir pas répondu à nos demandes. Nous constatons simplement que le mot presse, en ces lieux, doit avoir une valeur toute relative. La presse, oui, mais curatée. Sélectionnée. Peut-être pré-bénite. Ou officielle / non officielle, à l’image du classement des collections permanentes du musée d’Orsay (au RDC).
Nous sommes pourtant prêts à enlever nos bobs, à couper nos parenthèses ironiques. Il paraît que “l’avant-garde est dans la rue”. Très bien. Nous sommes dans la rue. Mais il semble qu’à Orsay, l’avant-garde doive disposer d’une carte de presse aussi authentique qu’une certification vaccinale Covid19.
L’art est dans la rue. Nous aussi. Merci.
Ne pas voir l’exposition L’art est dans la rue nous aura permis, paradoxalement, de la comprendre dans sa plus juste portée : celle d’une tension entre institution et agitation, entre musée et pavé.
L’affiche était et reste un cri (comme la musique).
Aujourd’hui, le refus de répondre est un murmure. Mais il en dit long.
Nous attendons toujours une réponse. Ou une invitation (par exemple pour Krohg).
Addendum du 5 juin
Le musée a reconsidéré sa position. Nous avons pu visiter l’exposition Christian Krohg et la chroniquer. Enfin.
Merci à Knut Ella, journaliste émérite d’un média glitché et absurde que le web a trop injustement ignoré.
Le Lab met le nez dehors
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