Dans un geste aussi surprenant qu’audacieux, le Petit Palais, temple des Beaux-Arts parisiens, ouvre ses portes à l’art urbain, accueillant des créations qui s’invitent au milieu des chefs-d’œuvre classiques. Jusqu’au 19 janvier 2025, l’exposition We Are Here a réuni les plus grands noms du street art pour un dialogue visuel inédit avec les collections permanentes et l’architecture magistrale du lieu. Une démarche qui bouscule les codes et invite les visiteurs à une réflexion sur les continuités et les ruptures dans l’histoire de l’art.
Le street art au cœur de l’institution
Sous l’impulsion de Mehdi Ben Cheikh, directeur de la Galerie Itinerrance, et d’Annick Lemoine, directrice du Petit Palais, We Are Here se veut une célébration de la richesse et de la diversité d’un mouvement artistique souvent marginalisé. Avec plus de 200 œuvres signées par des artistes majeurs – Shepard Fairey, Invader, D*Face, Seth ou encore Vhils – l’exposition inscrit le street art dans un contexte muséal, affirmant sa légitimité en tant que forme d’art à part entière.
Dès l’entrée, le visiteur est accueilli par une installation monumentale de D*Face : un spray de peinture surdimensionné qui semble marquer le territoire. Cet objet, symbolique du street art, annonce la couleur d’un parcours qui ne cesse de surprendre. Dans la galerie des sculptures, les créations contemporaines côtoient les statues antiques, initiant un échange vertigineux entre différentes époques.
Une scénographie immersive et engagée
La force de We Are Here réside dans sa scénographie. Les artistes, par le biais d’installations immersives, transforment les espaces classiques du musée en une véritable déambulation sensorielle. Shepard Fairey, connu sous le pseudonyme OBEY, déploie des œuvres puissantes à l’instar de Liberté, Égalité, Fraternité, créée en hommage aux victimes des attentats de 2015. Le visiteur est interpellé par l’énergie militante qui se dégage de ses compositions, à mi-chemin entre affiche politique et art pictural.
Autre moment fort : les mosaïques d’Invader, dont les alias s’invitent subtilement au-dessus des toiles impressionnistes. Ces œuvres rappellent que le street art, s’il naît dans la rue, peut aussi s’épanouir dans les lieux consacrés à l’art institutionnel. Dans la salle des Grands Formats, la Tour de Babel de Seth, une sculpture composée de livres anciens, interpelle par son ingéniosité. Allégorie des communications perdues ou réinventeées, cette œuvre incarne à elle seule le dialogue entre passé et présent.
Une histoire de révolutions
L’exposition prend tout son sens dans la salle Concorde, où plus de 60 artistes internationaux réalisent un accrochage dense, hommage au Salon des Refusés de 1863. Là où les avant-gardes du XIXe siècle trouvaient refuge, les créateurs du XXIe siècle réinventent les codes. Les œuvres, accrochées à touche-touche, rappellent l’ébullition artistique qui régnait à l’époque des grands bouleversements esthétiques.
La démarche d’établir ce parallèle historique est renforcée par la présence d’œuvres comme celles de Conor Harrington, qui revisite l’iconographie monarchique à travers une critique contemporaine. Ses peintures, évocatrices et déroutantes, dialoguent avec les scènes historiques tout en interrogant les symboles de pouvoir.
Une modernité assumée
We Are Here ne se contente pas d’être une exposition. Elle est un manifeste pour l’ouverture et l’acceptation des formes artistiques émergentes. Paris, héritière des révolutions artistiques, confirme son statut de capitale culturelle mondiale, en accueillant avec audace un mouvement qui bouleverse les conventions.
Pour les amateurs d’art, cette exposition est une plongée dans un univers où la créativité s’épanouit librement, défiant les cloisons entre les disciplines. Plus qu’un événement, We Are Here est une expérience à vivre, un dialogue vivant entre l’histoire et la modernité et un pied de nez multiple à tous les vandales se prenant pour Robert Rauschenberg effaçant une œuvre de Willem de Kooning en 1953…
(c) Têtière : D*FACE Here to Spray, 2024. Paris Musées / Petit Palais / Gautier Deblonde
Merci à Knut Ella, journaliste émérite d’un média glitché et absurde que le web a trop injustement ignoré.
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